Pour réaliser le recensement des colonies de chats libres d’une commune espagnole, la collectivité a intérêt à commencer par les gestionnaires qui s’occupent déjà des colonies : recueillir avec elles quelques données de base sur chaque colonie et chaque chat (emplacement, stérilisé ou non, puce électronique), protéger l’emplacement et décider dès le départ comment le tenir à jour.
Sur les 1 142 demandes déposées par des collectivités espagnoles lors du dernier appel à subventions de l’État pour les colonies de chats, seules 35 ont reçu une proposition de financement. Environ 3 %, selon une analyse d’Aboganimal (en espagnol). Sa conclusion est claire : il ne suffit plus de déposer une demande, il faut un dossier technique solide.
Et un dossier solide commence toujours au même endroit : savoir combien de chats il y a, où ils se trouvent et dans quel état. Autrement dit, par le recensement.
Dans le premier article de cette série, j’expliquais par où commencer un programme municipal CSR (Capture, Stérilisation, Relâche). Place aujourd’hui à la première étape technique : comment j’ai mené le recensement des colonies de chats à Collado Villalba (Madrid, Espagne), quelles données j’ai demandées, ce qui n’a pas fonctionné et ce que je ferais aujourd’hui.
À quoi sert un recensement des colonies de chats
Le recensement vient en premier parce qu’il répond à la question dont tout le reste dépend : avons-nous un problème de population féline dans la commune et, si oui, de quelle ampleur ?
Sans cette réponse, toute décision se prend à l’aveugle. Et le premier poste touché est le budget. Budgéter un programme CSR pour 15 chats n’a rien à voir avec 50, 500 ou 2 500. Le nombre de stérilisations, de puces électroniques, de soins vétérinaires, la quantité de nourriture et les heures de coordination changent.
En résumé, le recensement sert à trois choses :
- Mesurer le problème : combien de chats il y a, combien sont déjà stérilisés et où ils se concentrent.
- Budgéter sur des bases solides : calculer le coût réel du programme au lieu d’inscrire une ligne symbolique.
- Demander des financements avec des arguments : le dossier de la subvention de l’État espagnol aux collectivités locales (en espagnol) demande notamment combien de colonies existent et si ce chiffre est issu d’un recensement ou d’une simple estimation.
Le recensement a en outre un fondement légal. L’article 39.1 de la loi espagnole 7/2023 (Ley 7/2023, de 28 de marzo, de protección de los derechos y el bienestar de los animales, loi relative à la protection des droits et au bien-être des animaux ; texte officiel en espagnol) dispose : « En ausencia de otra previsión en la legislación autonómica, y respetando el ámbito competencial establecido por la legislación vigente, corresponde a las entidades locales la gestión de los gatos comunitarios » (traduction non officielle : « En l’absence d’autre disposition dans la législation régionale, et dans le respect des compétences établies par la législation en vigueur, la gestion des chats communautaires incombe aux collectivités locales »). Parmi les critères de leurs plans de contrôle de la population, il prévoit le « mapeo y censo de los gatos del término municipal » (traduction non officielle : « cartographie et recensement des chats du territoire communal » ; article 39.1.f).1.º). La ligne directrice technique (Directriz Técnica) sur la gestion des populations félines (en espagnol), publiée en août 2024 par la Direction générale des droits des animaux (DGDA), le développe. Elle reconnaît aussi qu’on ne disposera pas toujours de toutes les données : l’essentiel est de commencer. Pour revoir le cadre légal, nous l’expliquons dans ce que change la loi espagnole 7/2023.
Qui sait combien de chats il y a : les gestionnaires de colonies
Je reviens ici à l’idée centrale du premier article : un programme CSR municipal est impossible sans les gestionnaires de colonies, ces bénévoles qui nourrissent les chats chaque jour. Et le recensement en est le meilleur exemple.
Les gestionnaires se rendent au point de nourrissage tous les jours, sans exception. Elles connaissent chaque chat par son nom. Elles savent quelle chatte est la matriarche et quel chaton est le petit de qui. Elles savent s’il est stérilisé, car ce sont souvent elles qui ont payé de leur poche la stérilisation, les vaccins ou les vermifuges.
Beaucoup notent tout cela depuis des années. Certaines tiennent des listes de chats, de dépenses, et même un historique des chats qui ne sont plus là. Ce sont des informations précieuses dont aucune collectivité ne dispose. C’est pourquoi nous disons que la gestionnaire de colonie est le premier signal d’alerte.
La première étape d’un recensement consiste donc à les interroger. Avec un avantage supplémentaire : leur demander le recensement est l’occasion idéale de commencer à travailler en équipe.
Quelles données recueillir dans un recensement des colonies de chats
Pour commencer, un recensement n’a pas besoin de dizaines de champs : il lui faut l’essentiel, bien renseigné. Voici les données qui m’intéressaient le plus lorsque j’ai mené le recensement de Collado Villalba :
| Bloc | Donnée | Pourquoi c’est important |
|---|---|---|
| Gestionnaire | Nom et coordonnées | Savoir qui s’occupe de chaque colonie et pouvoir se coordonner |
| Colonie | Localisation descriptive | Les colonies ont rarement une adresse avec un numéro. Elles sont par exemple « dans le terrain vague au bout de la rue, au fond, sous la haie » |
| Colonie | Coordonnées GPS (si possible) | Elles situent la colonie sur une carte sans ambiguïté |
| Chat | Nom donné par la gestionnaire | C’est ainsi que l’identifie la personne qui le voit chaque jour |
| Chat | Robe ou couleur du pelage | Repère indicatif pour le reconnaître |
| Chat | Stérilisé : oui ou non | C’est la donnée qui dimensionne le programme CSR |
| Chat | Identifié par puce : oui ou non | Indique combien de chats restent à identifier |
| Chat | Numéro de puce et titulaire | Beaucoup de chats sont enregistrés au nom d’une association ou d’une gestionnaire ; la loi espagnole 7/2023 (texte officiel en espagnol) prévoit l’« identificación obligatoria mediante microchip con responsabilidad municipal » (traduction non officielle : « identification obligatoire par puce électronique sous responsabilité municipale » ; article 39.1.f).3.º) |
| Chat | Date de naissance approximative | L’année suffit |
| Chat | Liens de parenté (mère, matriarche) | Aide à comprendre la dynamique de la colonie |
Un avertissement important : l’emplacement des colonies est une information sensible. Il doit rester au sein de la collectivité et de l’équipe de gestionnaires, et ne jamais être publié. Une colonie localisable est une colonie exposée aux abandons ou aux agressions.
Du recensement de base au recensement enrichi
Ce recensement de base est parfait pour démarrer. Mais avec un outil spécialisé comme Meow Metrics, les données peuvent aller beaucoup plus loin. Par exemple, l’historique sanitaire et clinique de chaque chat :
- Les soins vétérinaires reçus et leurs dates.
- Les maladies contractées, propres ou infectieuses.
- Les accidents subis et le traitement administré.
La ligne directrice technique de la DGDA recommande d’ailleurs que le registre de chaque colonie comprenne un recensement individuel avec le sexe et l’état sanitaire de chaque chat, ainsi que des indicateurs comme le taux de stérilisation.
Avec suffisamment de données, on peut les croiser, détecter des tendances et même faire des prévisions. Quelques questions auxquelles un recensement enrichi permet de répondre :
- Combien coûte en moyenne la prise en charge d’un chat dans ma commune ? Il existe une moyenne générale, mais chaque commune a ses particularités. L’espérance de vie ou les maladies des chats d’une commune littorale ne sont probablement pas les mêmes que celles d’une commune de montagne ou insulaire.
- Combien de temps vit un chat de colonie dans ma commune ? Avec cette donnée, on peut planifier l’investissement nécessaire dans le programme CSR jusqu’à stabiliser la population, puis la faire diminuer.
La sociabilité : la donnée qui ouvre la voie à l’adoption
Il y a une autre donnée que je considère indispensable dans un bon recensement : le degré de sociabilité de chaque chat.
Les chats harets resteront harets. Mais dans beaucoup de colonies, il y a des chats issus d’abandons. Ce sont d’anciens chats de famille qui ont appris à survivre dans la rue et s’en sortent, mais qui pourraient parfaitement vivre dans un foyer. D’autres, sans avoir jamais eu de propriétaire, sont devenus sociables ou ont un excellent caractère.
Une fois encore, la personne qui le sait le mieux est la gestionnaire qui les nourrit chaque jour. Si elle atteste qu’un chat est adoptable, cette information peut changer sa vie.
Avec elle, une collectivité peut aller au-delà du recensement et concevoir une politique active d’adoption des chats des rues. De la même manière que le service de fourrière propose à l’adoption les animaux que personne ne réclame, on peut intégrer à ce circuit les chats de colonie capables de vivre en famille.
Il faut le faire avec réalisme. La ligne directrice technique de la DGDA (en espagnol) rappelle que la plupart des chats libres sont peu socialisés : la gestion ne peut donc pas reposer uniquement sur l’adoption. Mais elle la prévoit en complément pour les chats socialisés et pour les chatons encore en âge d’être socialisés, surtout en zone urbaine.
Et cela rejoint directement l’objectif du CSR : maîtriser la population féline. Chaque chat sociable qui trouve un foyer, c’est un chat de moins dans la rue. Pour ce parcours, de la rue à l’adoption, nous avons également développé Ark Metrics, qui partage ses données avec Meow Metrics.
Le recensement compte aussi les personnes
Un recensement ne dit pas seulement combien de chats il y a. Il dit aussi combien de personnes contribuent au programme CSR municipal.
C’est un chiffre que presque aucune collectivité ne connaît. Pendant des années, ces personnes ont agi avec les meilleures intentions, mais de façon isolée et sans structure, et personne ne les a comptées. À Collado Villalba, en plus de la Santé, j’étais l’élue chargée des bénévoles de la Protection civile. Et j’ai pu le constater moi-même : alors que l’unité locale de Protection civile comptait environ 40 bénévoles, il y avait habituellement entre 60 et 70 gestionnaires de colonies inscrites. Avec des arrivées et des départs, mais toujours autour de ce chiffre.
Autrement dit, dans ma commune, il y avait plus de gestionnaires de colonies de chats que de bénévoles de la Protection civile.
Savoir combien elles sont permet de valoriser ce qu’elles apportent à la commune. Cela aide aussi à dimensionner le programme : quelle formation prévoir et comment organiser une reconnaissance du bénévolat local. Et pas seulement combien elles sont, mais combien elles apportent : à Yebes (Guadalajara), la plateforme totalise plus de 2 000 heures de travail enregistrées dans son programme (données relevées le 26 octobre 2026) (cas de réussite). Nous l’expliquons dans comment le suivi des heures de bénévolat améliore la gestion des colonies de chats.
Cela soulève aussi une question intéressante. Si une commune dispose d’un groupe aussi nombreux de personnes engagées pour le bien-être animal, pourquoi ne pas les envisager comme un futur corps de bénévoles pour l’environnement ? C’est une décision qui revient à chaque collectivité. Mais elle ne peut se poser que si l’on dispose d’abord d’un bon recensement.
Comment je l’ai fait à Collado Villalba
J’ai préparé un modèle Excel avec ces champs et je l’ai fait circuler auprès de toutes les gestionnaires que nous avions identifiées, en leur demandant de le remplir avec les données de leurs colonies.

Le modèle Excel utilisé à Collado Villalba pour le recensement des colonies de chats (2022). Réalisation personnelle.
J’ai vite compris qu’il ne suffisait pas de l’envoyer. Beaucoup de gestionnaires ne sont pas à l’aise avec Excel. Alors, avec l’aide des coordinatrices (les gestionnaires les plus fiables, qui avaient accepté d’assumer davantage de responsabilités), nous avons interrogé une à une toutes les gestionnaires de la commune. Bien souvent, nous remplissions le modèle nous-mêmes pendant qu’elles nous racontaient.
Le premier recensement a donné des chiffres que personne, au sein de la collectivité, ne connaissait :
| Donnée | Premier recensement |
|---|---|
| Colonies | Plus de 50 |
| Gestionnaires | Plus de 70 |
| Chats | Plus de 500 |
Ensuite, nous essayions de le mettre à jour une fois par an. Chaque mise à jour prenait des semaines et, souvent, n’était jamais tout à fait terminée.
Les quatre difficultés que j’ai rencontrées
1. Trouver les gestionnaires. Il n’existe aucun registre indiquant qui s’occupe de quelle colonie. On les trouve par d’autres gestionnaires, par les associations et par les personnes qui pratiquent les captures, comme je l’expliquais dans le premier article.
2. La méfiance. C’est la plus importante. Certaines gestionnaires craignent que, si elles indiquent l’emplacement de leur colonie et le nombre de chats, la collectivité leur fasse du tort. Après des années à se sentir persécutées, c’est une crainte compréhensible.
Comment créer cette confiance ? La mauvaise nouvelle, c’est qu’elle ne s’obtient pas du jour au lendemain, surtout si c’est la première fois que la collectivité mène une politique de ce type. La bonne nouvelle, c’est que c’est tout à fait possible lorsqu’on démontre par des actes que la collectivité veut assumer la responsabilité qui lui revient et travailler en équipe avec elles. Ce n’est ni facile ni immédiat, mais cela finit par porter ses fruits.
3. Le temps. Interroger une à une plus de 70 personnes, remplir les modèles à leur place et recommencer chaque année demande énormément d’heures. Et pendant ce temps, la colonie change : des chats naissent, d’autres disparaissent, d’autres sont stérilisés.
4. Des données mal structurées. Ni moi en tant qu’élue, ni le personnel technique et administratif du service n’étions experts en Excel ou en bases de données. Chaque gestionnaire remplissait à sa manière, et les données n’étaient pas toujours bien structurées ni fiabilisées.
De la photo figée au recensement vivant
Ce fut mon principal enseignement : un recensement sur Excel est une photo figée. Le jour où on le termine, il commence déjà à vieillir. Et le mettre à jour chaque année, gestionnaire par gestionnaire, prend des semaines.
Ce dont une collectivité a besoin, c’est d’un recensement vivant. Avec un outil comme Meow Metrics, la collectivité peut inviter les gestionnaires, et chacune enregistre depuis son téléphone, sur le moment et même sans réseau, tout incident ou changement dans sa colonie. Cela a deux effets :
- Beaucoup d’heures de travail administratif économisées. Plus besoin de courir après les tableurs un par un.
- Un recensement toujours à jour, en temps réel. Inutile d’attendre la révision annuelle pour savoir combien de chats il y a, combien sont stérilisés et où.
De plus, comme tout le monde utilise le même outil, les données arrivent structurées et comparables dès le premier jour. Nous passons en revue ce que doit offrir un bon outil dans application de gestion des colonies de chats : 7 clés pour un programme CSR municipal efficace.

Voici à quoi ressemble un recensement vivant dans Meow Metrics : chaque colonie affiche sa gestionnaire, son nombre de chats, combien sont stérilisés et la nourriture nécessaire par mois. Noms anonymisés.
Recensement sur Excel ou dans un outil spécialisé
| Recensement sur Excel | Recensement dans un outil spécialisé | |
|---|---|---|
| Appareil | Il faut un ordinateur, et toutes les gestionnaires n’en ont pas | Un téléphone suffit, et presque tout le monde en a un |
| Facilité d’utilisation | Les tableaux en rebutent beaucoup | Une application simple et intuitive, pensée pour ses utilisatrices |
| Mise à jour | Une fois par an, gestionnaire par gestionnaire, pendant des semaines | Continue : chaque gestionnaire enregistre les changements au moment où ils se produisent |
| Qualité des données | Chacune remplit à sa manière | Données structurées et identiques pour toute la commune |
| Chats qui mangent dans plusieurs colonies | Comptés plusieurs fois | Chaque chat a son profil et sa photo, on voit que c’est le même |
| Arrivées et départs | Connus, avec un peu de chance, à la révision suivante | Enregistrés sous forme d’alertes au moment où ils se produisent |
Le cas des chats qui mangent dans plusieurs colonies mérite une explication. Certains chats très malins connaissent plusieurs points de nourrissage : ils prennent leur petit-déjeuner dans l’un, déjeunent dans un autre et dînent dans un troisième. Chaque point a sa propre gestionnaire, avec ses horaires et sa routine. Sur Excel, il est très possible que chacune compte ce chat comme le sien, et le recensement se retrouve avec trois chats là où il n’y en a qu’un.
Dans une application où chaque chat a sa fiche et sa photo, on voit qu’il s’agit du même animal et qu’il est présent dans trois colonies. Cela évite de fausser les statistiques et apporte en plus une information intéressante sur les habitudes des chats.

Chaque chat a sa fiche avec photo, sexe et statut de stérilisation. L’option « fusionner les fiches de chats en double » permet d’unifier le chat qui mange dans plusieurs colonies. Données des colonies et numéro de puce masqués.
Il en va de même pour les changements de population. Un bon recensement est alimenté par des alertes qui le tiennent à jour :
- Départs, par exemple un chat retrouvé écrasé.
- Arrivées : un nouveau chat dans la colonie, et s’il est sociable ou non, ce qui ouvre la voie à son adoption.
- Disparitions : des chats dont on n’a plus jamais eu de nouvelles.
- Chats de propriétaire en liberté : des chats qui ont un foyer et sortent dans la rue, mais qui ne sont pas harets. Il faut les identifier pour ne pas les confondre avec ceux de la colonie.
Un exemple réel du passage du tableur au recensement vivant : CES Felimarcha, à Marchamalo (Guadalajara), a migré cinq ans de registres Excel vers Meow Metrics. Avec un historique en ordre, l’association peut désormais suivre l’évolution de la colonie : le 12 octobre 2024, elle comptait 319 chats, dont 185 avaient déjà terminé le protocole CSR ; peu après, le total a atteint son maximum et il diminue depuis. C’est la différence entre s’occuper d’une population et la réduire de manière maîtrisée (cas de réussite).
Ce que demande la subvention de l’État espagnol sur le recensement
Le dossier de candidature à la subvention de l’État pour les collectivités locales (annexe I, en espagnol) demande notamment :
- Le nombre de colonies concernées par le projet, et si ce chiffre est estimé ou issu d’un recensement.
- Si les colonies sont localisées géographiquement.
- Si des associations ou organismes de protection animale participent.
- Si les gestionnaires sont formées et si elles disposent d’un document d’identification.

Colonies localisées sur une carte et colorées selon leur taux de stérilisation, dans Meow Metrics. Fond de plan flouté pour protéger l’emplacement des colonies.
Avec un bon recensement, les deux premières questions trouvent leur réponse d’elles-mêmes. Et les deux autres sont précisément le sujet des prochains articles de cette série. Si vous préparez une demande, téléchargez gratuitement notre guide pour obtenir la subvention de l’État espagnol pour les colonies de chats (PDF) : ce qui est évalué, quels documents préparer et quelles erreurs font perdre des points. Notre article sur la préparation de la subvention de la DGDA peut aussi vous aider.
Pourquoi le recensement compte au-delà de votre commune
Imaginez un recensement agrégé de toutes les communes et de toutes les communautés autonomes. Autrement dit, du pays tout entier.
Aujourd’hui, on ne sait pas précisément combien de chats vivent en colonies en Espagne, ni combien coûte en moyenne la gestion de chacun. La meilleure estimation disponible, une étude de l’Université de Las Palmas de Gran Canaria publiée en 2025 (en anglais), évalue leur nombre à environ 1,81 million de chats libres répartis dans quelque 125 000 colonies. Mais elle repose sur les données de 1 128 communes, soit 13,9 % du total. Ses auteurs rappellent qu’il n’existait pas de recensement national avant 2024 et que les chiffres déclarés par les collectivités peuvent être biaisés dans les deux sens. Ils avertissent aussi qu’au rythme actuel de stérilisation (environ 20 %), la population pourrait dépasser les 5 millions de chats en 2050.
Ce manque de données a des conséquences. La Direction générale des droits des animaux (DGDA) existe depuis 2020 (décret royal 452/2020, en espagnol) et a toujours fonctionné avec des budgets limités. S’y ajoute le fait que le dernier budget général de l’État approuvé est celui de 2023, reconduit pour la troisième année consécutive en 2026 (en espagnol).
Nous savons tous qu’il faut aider les collectivités, en particulier les plus petites, à gérer leurs colonies de chats. Mais sans chiffre fiable sur le nombre de chats à stériliser, toute demande budgétaire se fait à l’estime. Avec des données, la DGDA disposerait d’une base bien plus solide pour réclamer les moyens nécessaires face à des demandes qui ne cessent d’augmenter. Des demandes qui, comme nous l’avons vu, ne bénéficient aujourd’hui qu’à une petite partie des communes.
Cette base ne peut se construire qu’à partir du terrain : si chaque collectivité dispose d’un recensement proche de la réalité et le partage avec sa Diputación (conseil provincial), sa communauté autonome et, idéalement, avec la DGDA, nous connaîtrons enfin l’ampleur réelle du défi.
Mais revenons à ce qui dépend de vous. Pour une collectivité, savoir combien de chats vivent sur son territoire est la première donnée nécessaire pour mesurer son problème et y répondre, en budget comme en organisation.
Commencez votre recensement cette semaine
- Préparez un modèle simple avec les champs du tableau. Mieux vaut peu de champs, bien remplis. Si vous préférez ne pas partir de zéro, nous avons préparé un modèle Excel gratuit pour le recensement des colonies de chats avec des champs similaires.
- Commencez par les coordinatrices ou les gestionnaires les plus fiables : elles vous ouvriront la porte des autres.
- N’attendez pas que toutes utilisent Excel. Prévoyez des entretiens et du temps pour remplir les données avec elles.
- Expliquez à quoi sert le recensement et ce qui n’en sera pas fait. La confiance commence là.
- Décidez dès le départ comment vous le tiendrez à jour. Un recensement qui n’est pas mis à jour ne sert plus à rien au bout de quelques mois.
Pour avoir un point de départ sous la main, vous pouvez télécharger le modèle Excel (il se télécharge après un court formulaire) puis, votre recensement fait, essayer notre calculateur pour colonies de chats : il donne une projection de la population et des stérilisations, pas une prédiction, et suppose que les personnes qui s’occupent des colonies continueront à le faire.
Pour savoir où en est votre commune par rapport à la loi, téléchargez notre liste de contrôle de conformité à la loi espagnole 7/2023. Vous trouverez d’autres guides et documents officiels sur notre page de ressources pour les programmes CSR.
Et dans votre commune ? Savez-vous combien de chats il y a et combien sont stérilisés ? Si vous avez déjà mené un recensement, qu’est-ce qui a été le plus difficile ?
Dans le prochain article de la série, je parlerai du programme municipal de gestion des colonies de chats : ce qu’il doit contenir et comment le faire adopter.
si vous voulez voir comment fonctionne un recensement vivant avec les colonies et les gestionnaires de votre commune.
Série « Programme CSR municipal de zéro » : 1. Par où commencer · 2. Le recensement (cet article) · 3. Le programme municipal de gestion des colonies de chats (à venir).
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un recensement des colonies de chats ?
C’est le registre des colonies de chats libres d’une commune : où elles se trouvent, qui s’en occupe et quels chats les composent, avec des données comme leur stérilisation et leur identification.
Qui doit réaliser le recensement des colonies de chats ?
C’est la collectivité qui le pilote. L’article 39.1 de la loi espagnole 7/2023 (texte officiel en espagnol) dispose qu’en l’absence d’autre disposition régionale, « corresponde a las entidades locales la gestión de los gatos comunitarios » (traduction non officielle : « la gestion des chats communautaires incombe aux collectivités locales »), et prévoit le « mapeo y censo de los gatos del término municipal » (traduction non officielle : « cartographie et recensement des chats du territoire communal » ; article 39.1.f).1.º). Mais l’information est détenue par les gestionnaires qui s’en occupent chaque jour : le recensement se fait donc avec elles.
Quelles données doit contenir un recensement des colonies de chats ?
Au minimum : la gestionnaire et ses coordonnées, l’emplacement de la colonie et, pour chaque chat, son nom, sa couleur, son sexe, s’il est stérilisé, s’il est pucé et au nom de qui, et une date de naissance approximative.
À quelle fréquence faut-il mettre à jour le recensement des colonies de chats ?
Avec un tableur, au moins une fois par an, ce qui prend généralement des semaines. Avec un outil spécialisé, le recensement est mis à jour en continu : chaque gestionnaire enregistre les changements de sa colonie au moment où ils se produisent, et la collectivité les voit en temps réel.
Quelles données sanitaires un recensement des colonies de chats peut-il contenir ?
Un recensement enrichi peut consigner les soins vétérinaires de chaque chat et leurs dates, les maladies contractées, propres ou infectieuses, et les accidents subis avec leur traitement. Ces données permettent d’estimer le coût moyen de prise en charge d’un chat et son espérance de vie dans chaque commune.
Comment éviter de compter deux fois le même chat dans un recensement des colonies de chats ?
Certains chats mangent à plusieurs points de nourrissage tenus par des gestionnaires différentes, et chacune peut le compter comme le sien. Pour l’éviter, chaque chat doit avoir une fiche unique avec sa photo, afin qu’on voie qu’il s’agit du même animal même s’il apparaît dans plusieurs colonies.
Pourquoi inclure la sociabilité des chats dans le recensement des colonies de chats ?
Parce qu’elle permet d’identifier les chats de colonie capables de vivre en famille, comme ceux issus d’abandons. Avec l’avis de la gestionnaire qui s’en occupe, la collectivité peut les intégrer à un programme d’adoption, ce qui réduit la population dans la rue et renforce l’objectif du CSR.
Le recensement est-il nécessaire pour demander la subvention de l’État espagnol pour les colonies de chats ?
Le dossier demande combien de colonies existent, si ce chiffre est issu d’un recensement ou d’une estimation et si les colonies sont localisées géographiquement. Un recensement à jour permet de répondre avec des données et de renforcer la demande. Notre guide gratuit de la subvention explique ce qui est également évalué.
À propos de l’autrice

Diana Barrantes Olías de Lima est Founder et COO de Zoometrics, l’entreprise qui développe Meow Metrics. Elle a été bénévole gestionnaire de colonies de chats puis, de 2019 à 2023, conseillère municipale déléguée à la Santé de la commune de Collado Villalba (Madrid, Espagne), où elle a mis en place à partir de zéro le programme CSR municipal, fait approuver son protocole et mis à jour le règlement municipal sur la détention responsable des animaux de compagnie. Elle compte plus de dix ans d’expérience dans le secteur public et travaille avec 40 communes espagnoles sur la gestion de leur faune urbaine (données relevées le 26 octobre 2026).











